a galerie est une caractéristique fondamentale de l'habitat canadien. C'est un espace de transition entre la maison et la rue, entre le privé et le public, entre intérieur et extérieur. Lieu potentiel d'échange donc, entre-deux, à la fois couverte et exposée, lieu d'ouverture sur l'autre, de dialogue, de regard. De la galerie, je vois et je suis vu.
En mai dernier, j'ai rencontré John sur Sunnyside. Il reconstruisait sa galerie. Je me suis arrêté et nous avons discuté de choses et d'autres pendant une bonne heure. Nous nous sommes quittés fort satisfaits de cette conversation à bâtons rompus. Nous nous sommes rencontrés de nouveau en août, le travail avait nettement progressé et la galerie avait fière allure.
Pendant que nous examinions les colonnes et le fini du plancher, un cycliste s'est arrêté et s'est joint à la conversation. David nous a fait part de ses projets de jardin communautaire sur la rue Glen et de sa devise: "Act locally, feel globally". Nous avons évoqué le plaisir des rencontres fortuites, des conversations nouées à l'improviste sans autres raisons que le désir de placoter, d'échanger des paroles d'amitié avec un autre être humain, même si on ne le connaît pas.
Ce phénomène relativement rare peut se produire devant une galerie mais aussi n'importe où dans la rue, ou quand vous faites la queue dans un magasin. Ça n'a l'air de rien mais on découvre rapidement que beaucoup de gens ordinairement silencieux semblent y prendre goût sans hésitation. Comme s'ils n'attendaient que ça. De fil en aiguille, c'est-à-dire de galerie en activité communautaire, nous en sommes arrivés à la grande vente de garage qui a lieu chaque automne dans Old Ottawa South.
Pendant quelques heures, cet événement transforme le quartier en bazar oriental. Du ventre des maisons remonte une profusion d'objets qui envahissent la galerie, la pelouse etparfois débordent dans la rue; objets de toutes sortes, utilitaires et décoratifs, ustensiles ou bibelots, qui ont jadis fait partie de notre intimité pour tomber ensuite en disgrâce au gré de notre désir et être relégués à la cave, pas tout à fait jetés encore mais déjà dans les limbes, à demi-oubliés. La vente de débarras annuelle leur offre une seconde vie; ce qui a lassé les uns peut faire le bonheur (temporaire) des autres ...jusqu'à la prochaine vente.
Le quartier s'anime, les rues sont pleines de badauds, de chalands, de curieux et autres flâneurs qui regardent, tripotent, soupèsent, hésitent ou emportent leurs aubaines avec des mines de conspirateurs. Entre deux fabuleuses transactions financières (généralement de $1 à $20), on échange aussi des commentaires sur le temps ou la qualité des objets, des conversations brèves et colorées se nouent entre résidents (qui se croisent chaque jour sans se parler) et "étrangers".
L'atmosphère est à la fête. L'événement n'est donc pas simplement commercial mais convivial. Il offre une occasion de se rencontrer, de se parler, de sortir de sa coquille pour jouir de l'espace public comme milieu d'échange sans contraintes, de jeu, de plaisir et de reconnaissance.
Et, une fois que le pli est pris, pourquoi ne pas en faire une habitude?
From "The porch as transactional space" to "The art of street-talking or "Always talk to strangers", the preceding comments aim at encouraging people to exchange views of the world (small or large) from porch to street or the reverse, in the street and in line-ups while waiting for their turn at the cash register, or the bus, or in any other circumstances when coming across unknown fellow humans. Try it, you'll be amazed at the response in most cases. It's free, too. After the Porch Sale in September keep doing it all year long. It's an exciting form of addiction.